16/03/2018

L'art et le cinéma peuvent-ils changer le monde

Depuis toujours nous étudions ce qui nous entoure, nous avons intégré cette démarche à l’art en général. En effet, de nombreux artistes ont pensé leurs œuvres afin de changer le monde.
 Si nous replongeons dans notre histoire, cela se manifeste dès l’Antiquité où les théâtres servaient de tribune pour dénoncer les injustices.

Depuis toujours nous étudions ce qui nous entoure, nous avons intégré cette démarche à l’art en général. En effet, de nombreux artistes ont pensé leurs œuvres afin de changer le monde.
 Si nous replongeons dans notre histoire, cela se manifeste dès l’Antiquité où les théâtres servaient de tribune pour dénoncer les injustices. En faisant des bonds dans notre temps, nous constatons la même démarche dans les écrits, que ce soit sous la plume de Molière ou de Jean de La Fontaine. Nous pouvons également citer l’illustre Sophocle qui est parvenu avec Antigone à transmettre une ode fondamentale contre les lois tyranniques en dévoilant une tragédie de l’affrontement par excellence. Il en est de même pour Voltaire qui lui-même à travers toutes ses œuvres avait décidé d’allier Art et Utilité publique. Enfin que dire du maître Delacroix avec son tableau La liberté guidant le peuple ou de Victor Hugo et de son usage magistral d’une poésie visionnaire, se révélant être un guide pour notre humanité. En somme, leurs arts et postures montrent du doigt des injustices et permettent parfois réparations.

Il est donc évident que les artistes ont toujours bouleversé nos quotidiens en partageant leurs pensées, en permettant une certaine levée du voile sur nos réalités. Ce n’est pas étonnant que cette vocation soit toujours d’actualité. En effet, une grande majorité d’artistes (écrivains, peintre, dramaturges...) expriment leurs opinions dans les domaines politiques et sociaux. Leurs œuvres permettent donc de donner un miroir à l’homme face aux drames humains qui ont existé sur terre en tout temps et qui perdurent.

Un art en particulier, désigné comme étant le 7ème, appose à la fois sa faculté à être un réel outil de divertissement, mais en permettant également à l’humanité de développer des idées et de s’évader. En effet, il propose différentes visions et interprétations du monde qui nous entoure, invitant ainsi le spectateur à se plonger tantôt dans le propre miroir de son existence, tantôt dans l’histoire d’autrui. Chaque film attire un certain type de public, avec ses émotions, ses expériences et aspirations diverses, ce qui permet d’aborder une infinité de thèmes et de voir se manifester des réactions spectatorielles.

On peut alors considérer que le cinéma a deux émetteurs : le premier, c’est la caméra qui va révéler le mouvement et la lumière, parfois même donner vie à l’invisible, à l’inconscient, à l’intime, aux nons-dits. Le second n’est autre que le réalisateur, celui qui met en image l’histoire. En alliant ces deux puissances, le film va pouvoir transmettre à la fois les interprétations de ce dernier et la synthèse de ses connaissances de notre monde dit « imparfait ».

Le monde imparfait, selon ma propre expérimentation, est loin d’être seulement  imparfait. Déséquilibré ? Certes! Mais pas imparfait. Car j’estime que la perfection n’est que le fruit d’un savant mélange d’imperfection et de perfection. Ce que nous considérons comme des erreurs sont au contraire des cadeaux et les preuves de nos déterminations, de nos curiosités. Sans ces dites erreurs, nous ne progressons pas, car elles nous permettent d’identifier ce qui fonctionne, ce qui est à ajouter, à rendre hybride voir à supprimer, comme les tragédies, le racisme. Toutes ces « imperfections », nous permettent d’apprendre ce qui par la suite, une fois le choc passé, sera de l’ordre de nos croyances, tolérances, ce que nous validerons ou non.

Mais accordons nous avec le ressenti global, à savoir que le monde imparfait, dans lequel nous vivons incite fortement les artistes à s’engager pour essayer de transformer le monde, il n’est pas rare non plus, par leurs réalisations, qu’ils nous questionnent sur des problèmes société. La majorité des artistes s’efforcent d’allier esthétique et discours existentiels, ce qui leur permet de communiquer pour et avec les sociétés, les individus...

Il suffit de penser à la leçon de Jean-Paul Sartre qui estimait que nous étions malgré nous embarqués dans l’Histoire et que nous devions, à défaut d’y avoir apposé notre libre arbitre, au moins reconnaitre notre devoir de ne pas nous « réfugier dans notre tour d’ivoire », mais on contraire de nous y engager.

En somme, ne pas s’engager pour un artiste serait donc ne pas voir le monde et rester dans le superficiel et la beauté.

De ce fait, il est aisé de reconnaitre que les artistes, de par leur reconnaissance publique, ont en propre de posséder un pouvoir d’influence. Il est logique de considérer qu’il faudrait que ce privilège soit voué à défendre des causes honorables. Leur statut leur permet de parler au nom d’autrui, en général de toute une société, une génération, une communauté, un pays, parfois même un être vivant dénué de parole...

Essayer de changer le monde par l’art apporte beaucoup aux sociétés, aux historiens, aux ethnologue et sociologues et même davantage. Mais doit-on appréhender les œuvres artistiques comme des manifestes politiques ? N’est-ce pas réduire l’art à un simple instrument que de le mettre au service d’une révolution politique?

D’autant plus, que l’essence même de l’art n’est-il pas d’avoir pour fonction de créer « la beauté », d’engager un geste purement esthétique ? Les œuvres ne devraient donc avoir qu’une visée esthétique ? Les artistes ne devraient pas introduire dans leurs œuvres des tribunes politiques et sociales ? C’est ce qui est défendu par Théophile Gautier qui estimait que « l’art n’a pas d’autre fin que lui-même ».

Toutefois, il ne faut pas ignorer le fait que l’artiste ne comprend pas nécessairement mieux le monde qu’un autre. Il y a en effet des limites dans les jugements de l’artiste. Les artistes ne sont après tout que de simples mortels comme nous autres.

Je pourrai sceller ma réflexion après ces considérations mais ce serait nier ma propre croyance que l’art peut bel et bien contribuer à l’amélioration de notre monde.

L’art et ses créations ne sont pas vains. Ces créations au contraire nous pénètrent, elles sont à la fois de l’ordre du sensitif et du cognitif. Elles peuvent avoir un réel impact sur nos façon de penser, d’appréhender le monde, notre propre rapport à notre identité. Il est peu envisageable que les Arts en général aient la capacité à transcender notre humanité, mais ils participent à l’amélioration de notre compréhension, de nos interactions sociales et intellectuelles. Notre existence est un acte de recherche, afin de nourrir notre évolution.

Certes, les Arts, n’ont pas pour vocation première de modifier pleinement nos vies, mais ils participent à cet accomplissement spirituel. D’ailleurs, la science consacre une branche aux spéculation artistiques.

Le désir, la croyance, pour certains « l’utopie » (dans le sens positif) que le cinéma peut participer à l’amélioration de notre réalité est ce qui anime ma raison d’être, ce pourquoi j’ai moi-même délaissé les domaines de la justice, de la philosophie, de la psychanalyse. Je nourris cette pensée au sein même de mes études, de mes projets, de mes choix d’existence de vie. Je suis donc intimement convaincue que le 7ème Art participe aussi et grandement à améliorer et à faire évoluer nos existences. Grâce au cinéma, nous pouvons accéder à un réflecteur qui peut saisir des réalités insoupçonnées ou inexpérimentées, voire même de faire des bilans existentiels. Et cela me semble vrai que l’œuvre appartienne au genre fantastique, à la science-fiction, au documentaire, à la comédie romantique ou au burlesque.

De plus, le film crée une certaine faille paradoxale, car tout en faisant appel à notre entité totale, contrairement à beaucoup de discipline, il ne fait que se présenter à nous, à nous délivrer son être sans s’inscrire en nous de façon détournée, comme peut le faire la télévision par exemple. Nous sommes libres d’aller voir un film, de partir ou de rester lors de la projection, de l’aimer ou de le critiquer, de le partager ou de l’oublier et d’une façon plus mystique de nous connecter à l’œuvre projetée de manière consciente ou inconsciente. Le cinéma est un merveilleux outil pour prendre du recul sur nos sociétés et nos existences propres, par le biais du pur divertissement ou au contraire d’œuvres engagées. J’estime qu’il atteint la perfection lorsqu’il réalise les deux à la fois, qu’il ne juge pas notre humanité en la condamnant, mais qu’il nous accompagne avec bienveillance en nous montrant des chemins accessibles, en prenant soin de nos âmes tout en choyant sa pédagogie.

L’art peut alors modifier notre point de vue sur le monde, qu’il résonne ou non en nous. Mais cela va encore être lié au vécus, aux rencontres, à l’âge et aux parcours d’une vie. Plusieurs facteurs rentrent ainsi en ligne de compte pour que l’art modifie la vision du monde d’un individu. De ce fait, chaque personne interprètera différemment l’œuvre qu’il a sous les yeux, malgré le message qu’à voulu faire passer l’artiste, d’autant plus que l’art n’est pas le seul facteur à entrer en compte dans son interprétation.

Par conséquent, il ne faut point attendre que le monde change par le biais d’un être, d’un art, d’une époque, d’une génération, d’une saison, d’une technologie… D’une rencontre oui certes, mais celle qui participe au changement du monde, c’est de prime abord celle qu’on fait avec soi-même.

Il faut commencer son éveil en observant, ressentant, le monde qui nous entoure, afin de pouvoir y trouver notre place, et peut-être ainsi participer à une meilleure communication du monde. Les réalisations d’autrui sont à la fois réconfort, prise de conscience positives ou négatives. Là n’est pas l’important, ce qui compte c’est ce qu’on y met, ce que l’on en fait, et si on le portera jusqu’à notre lit de mort.

Prendre soin des autres, c’est aussi prendre soin de soi. Et si au cours de notre expérimentation terrestre, nous avons la possibilité d’élever notre voix avec bienveillance et utilité, elle trouvera son public au moment voulu, telle une capsule à message qui répondra aux besoins d’une autre génération que la votre, qui n’attendait que cette rencontre pour se sentir moins seule, moins incomprise, et qui pourra puiser en vous, réalisateurs, suffisamment d’énergie pour avoir une meilleure vision d’ensemble et de participer à son tout à la construction de l’humanité.

Par Laurélys Méline