14/06/2018

Perfect blue

Le récit en poupée russe et l’horrifique social par le maitre Satoshi Kon.

C’est une vraie leçon de cinéma que le maitre japonais de l’animation a réalisé. Je suis ressortie bouleversée par ce chef d’œuvre qui est saisissant du début à la fin. Je ne comprends pas comment j’ai pu passer à côté d’un film pareil aussi longtemps alors qu’il est le mélange parfait de tout ce qui me plait dans un film ; un thriller horrifique obscure, froid, malsain et inquiétant sur le thème de la maladie mentale tout en critiquant la société et le Star Système, tout ceci réalisé en animation. Si vous aimez les films qui vont vous retourner le cerveau et vous subjuguer, alors foncez !

Pour ce qui est du pitch du film : Mima Kirijoe est une jeune idole, chanteuse de J-Pop qui décide de quitter son groupe pour débuter une carrière dans le cinéma, ce qui crée une grande surprise parmi ses fans. Alors que Mima tente désespérément de se faire une place dans le cinéma en employant des moyens osés, elle découvre la dure loi de la société cinématographique et du Star Système. Ses anciens fans n’accepte pas la nouvelle image qu’elle donne et vont lui tourner le dos, l’un d’entre eux va aller plus loin en la harcelant sur le net et en lui envoyant des menaces de mort. La jeune femme troublée ne va pas tarder à confondre la réalité et le cinéma tout en étant confronté à son double imaginaire, la « vrai Mima ».

En quoi l’animation était un choix judicieux pour un tel scénario ? L’animation permet au spectateur une immersion totale dans la psychologie du personnage, nous entrons dans l’intimité mentale de Mima, ce récit laisse place à l’introspection. De plus la réalité du film d’animation est ce que le réalisateur en fait, c’est lui qui est aux commandes du réel et de l’irréel, il peut donc mieux jouer avec en mêlant les deux, pour entretenir le doute chez le spectateur.

Perfect Blue traite du sujet de la quête identitaire. La figure de Mima passe de la jeune fille fragile et insouciante à celle d’une femme, mais cette transformation va être difficile, Mima va avoir du mal à s’identifier comme une adulte, la Mima enfantine va se battre pour ne pas céder la place à la nouvelle Mima. C’est au moment de ce changement que l’héroïne va commencer à avoir des troubles de dissociation mentale, elle ne va plus distinguer la réalité et l’imaginaire.

Un des aspects qui m’intéresse particulièrement dans ce film est qu’il montre l’image de la femme dans notre société. Si l’on regarde les choix qu’a Mima pour percer dans le monde de la chanson ou du cinéma, on voit qu’il n’y en a que très peu : d’un côté elle peut être une idole de la chanson, dans des robes très girly, rose, avec une image de femme enfant, chantant des chansons d’amour platoniques et mièvre tandis que dans le monde du cinéma elle devient femme objet, elle doit se dénuder pour avoir de rôles plus importants, et vend son corps en quelque sorte ou en tout cas l’image de son corps, c’est presque de la pornographie. Satoshi Kon nous montre les travers de la société japonaise, dans Perfect Blue ce qui est effrayant c’est le banal, le monde réel, les otakus, les collègues de travail, les gens dans la rue... Mima en devient paranoïaque, elle ne peut se fier à personne ni à elle-même. Le regard de l’autre, le jugement que l’on porte est le premier défaut de notre société, et l’on peut voir à qu’elle point Mima en souffre.

Le scénario parle d’une fille qui perd le sens de la réalité, qui devient détraquée alors le film lui aussi est détraqué. Le rythme s’accélère au fur et à mesure que l’anxiété et la folie de Mima croit, les plans deviennent de plus en plus courts, les coupures de plus en plus brutales. La musique et les sons ainsi que les raccords sont très bien utilisés et accentuent l’angoisse. Le film est une sorte de puzzle, une énigme et plus on se rapproche de la fin et plus le réalisateur réussi à brouiller nos pistes. Au niveau des couleurs et lumières, elles sont plutôt sombres, mais pour laisser brusquement place à un éclairage éblouissant. Dans Perfect Blue le bleue devient la couleur du trouble, de la folie, de l’horreur et celle du sang.

Par Caroline Delhoste