20/04/2018

The Upside down : L’enfance au centre de l’intrigue (1ère partie)

Dans les films et les séries où les personnages principaux sont des enfants, les parents sont souvent représentés comme des antagonistes, qui, dans l’exercice de leur « rôle parental », vont constituer un obstacle externe à la quête des enfants.

Deux mondes dans une même réalité

Dans les films et les séries où les personnages principaux sont des enfants, les parents sont souvent représentés comme des antagonistes, qui, dans l’exercice de leur « rôle parental », vont constituer un obstacle externe à la quête des enfants. Les enfants et les parents n’évoluent pas dans le même espace diégétique. Il y a deux mondes opposés par l’espace, le déroulement des actions et des apparitions. Dans Stranger Things, on voit bien la frontière entre ces deux mondes. Dans l’épisode 1 de la saison 1, Dustin, Lucas, Will et Mike sont présentés dans la cave de Mike aménagé comme une salle de jeux. Les parents de Mike quant à eux apparaissent dans le salon et la cuisine. Ils restent confinés dans leur routine quotidienne qui se déroule dans le foyer familial. Ils restent bloqués, pareillement, dans des personnages genrés, c’est uniquement la mère qui vient parler ou prend en charge les enfants alors que le père se contente d’acquiescer. Quand la mère de Mike vient interrompre la partie de jeu : Donjon et dragon, celle-ci ouvre seulement la porte et les appelle du haut des escaliers sans pénétrer dans la cave. Cette dernière marque alors un espace destiné à l’enfance et a l’expression de leur imagination, auquel la mère n’appartient pas. Dès lors, la cave, constitue leur lieu de retrouvailles, ou ils discutent, échangent et partagent au fil des épisodes. C’est même l’endroit où Eleven viendra se réfugier dans l’épisode 2. De la même manière les chambres se présentent comme un lieu où les enfants se retrouvent en l’absence des parents. Nancy y recevra Steve, dans l’épisode un, en cachette. Il y a aussi la Cabane dans les bois de Will, mais celle-ci sera franchie par sa mère, Joyce, preuve que son personnage est digne de confiance et proche de son fils. Les enfants, ici, contrairement aux parents se réunissent dans d’autres pièces et dans d’autres espaces pour marquer cette frontière entre deux mondes. Ainsi deux enquête vont se dérouler, en cachette l’une de l’autre.

Dans le développement des personnages d’enfants dans les films/séries où eux même sont les héros, on peut témoigner d’une évolution au fur et à mesure du déroulement de l’histoire, contrairement, souvent, aux parents qui restent confinés, sans réelle transformation. Soit leurs personnages stagnent, soit ils sont invisibles à l’écran. Par exemple dans Stand by me, le rapport parents/enfants n’est visible que dans les dialogues, sauf dans une séquence au début du film qui montre les parents de Gordie Lachance, désemparés depuis la perte de leur fils ainé. Tout le film raconte la quête de quatre enfants à la recherche d’un corps. Ils se débrouillent seuls et n’ont aucune aide et aucune compagnie d’adulte. Les parents sont seulement cités dans les dialogues et sont présentés de manière péjorative. Par exemple, le père de Teddy Duchamp n’est jamais montré à l’écran mais il est présenté comme fou et distant avec son propre fils. Le père de Gordie Lachance, lui, ne montre aucun amour envers son fils, Gordie dit même à Chris à la fin du film « I’m no good, my dad said it, I’m no good  [….] He hates me, my dad hates me ». Les parents sont des obstacles externes pour leurs enfants. Ils sont représentés comme néfastes et d’aucune aide pour eux. Parallèlement, dans ce film il y a une inversion des rôles, les enfants fument des cigarettes et s’émancipent de leurs familles alors que les personnages d’adultes sont infantilisés. Par exemple, le personnage de Milo Pressman, le gardien de la casse, a une réaction totalement puérile à l’égard de Teddy : « You little tin-weasel peckerwood loony’s son ! I know who you are. You’re Teddy Duchamp. Your dad’s a loony, a loony up in the nuthouse at Togus ». Ici, Milo se comporte de façon inappropriée et manque de respect. On met de côté, par l’image et le son, les adultes pour s’attarder et se concentrer sur le développement et l’épanouissement des plus jeunes au fur et à mesure du film.

Mais souvent cet épanouissement est anéanti par les parents et les personnages d’adultes. Dans le lieu familial, la maison, ce sont les enfants qui dépendent des parents et de leurs règles de vie. Ils doivent se conformer au règlement. Souvent il peut être positif mais très souvent il apparaît comme négatif, comme une perte de liberté. Dans l’épisode 1, de la saison 1 de Stranger Things, dans la séquence chez Mike, la famille se retrouve autour de la table après la disparition de Will. Mike, son ami, veut aller le chercher à Hawkings malgré la nuit tombée. La mère de Mike riposte et prend la parole pour annoncer l’ordre de ne surtout pas sortir. Cette annonce, (qui devrait représenter la bienveillance et la protection de sa mère) est vue comme négative, et nuit au bon déroulement de l’intrigue : Mike qui voulait partir à la recherche de son copain. Celle-ci le contraint à rester chez lui. Par la suite et contre les ordres de sa mère il s’échappera pour aller à la recherche de Will. Ainsi les adultes sont souvent des antagonistes et des freins à la quête des enfants.

Dans ces films et séries que nous évoquons, il y a souvent deux enquêtes parallèles à travers deux visions, celle des enfants et celle des adultes. Par exemple dans le film Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire, cette thématique est mise en scène. Trois enfants récemment orphelins sont confiés à leur parent le plus proche, le comte Olaf. Il y a dans ce film l’enquête des enfants, que personne ne croit, et la quête du comte Olaf qui veut récupérer l’argent hérité par les enfants suite à la mort de leurs parents. Elles sont contradictoires mais évoluent en même temps. Les deux enquêtes opposées renforcent la frontière entre le monde de l’enfance et le monde des adultes, ils n’évoluent pas de la même façon et n’ont pas les mêmes demandes. Tandis que les adultes avance à tâtons et ne croient pas ce que les enfants leur racontent, les enfants eux, se rapprochent plus facilement de la réalité. Revenons à Stranger Things, qui pour le coup montre distinctement deux enquêtes parallèles du même problème. L’enquête sur « The upside down » est faite par les adultes du laboratoire sous la surveillance de Dr Brenner mais aussi par les enfants et adolescents Mike, Lucas, Dustin, Eleven, Jonathan et Nancy. Les deux enquêtes sont très différentes et ne reflètent pas la même caractéristique. (Il y a aussi celle de Jim Hopper et Joyce Byers, mais nous verrons par la suite que celle-ci se lie à l’enquête des enfants.) Il y a bien deux visions du même problème, l’une guidée par un regard enfantin baigné dans un univers fantaisiste et l’autre qui essaie de tendre vers le rationnel.

Par Elia Coulon