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A la découverte de chemins au féminin - Mère/Père … Amour !

Dans ma rubrique A la découverte de chemins au féminin, je vais vous présenter aujourd’hui le film 52 Tuesdays, drame australien de la réalisatrice Sophie Hyde. Le film s’est fait remarquer au festival de Sundance 2014 en gagnant le prix de la mise en scène.

52 Tuesdays est l’histoire bouleversante d’une relation mère-fille banale et hors du commun à la fois. Billie, jeune adolescente de 16 ans vivait jusque-là avec sa mère Jane, divorcée de Tom (son père) et homosexuelle. Or un jour Jane annonce à sa fille qu’elle doit aller vivre chez son père durant une année car elle a entamé un processus pour changer de sexe. Dorénavant elle se fera appeler James. Néanmoins, James propose à Billie de se voir une fois par semaine, le mardi, pendant cette année-là. Commence alors une période où James et Billie vont devoir se rencontrer, s’accepter, s’appréhender à nouveau, et s’aimer comme si rien n’avait changé. En somme le changement n’affecte en rien l’amour éprouvé par ces deux personnages, il le rend plus intense justement car il surmonte tout. Billie et James ont seulement négligé cet ingrédient indispensable au profit du conflit. Là où avant mère et fille étaient fusionnelles et complices, on retrouve un binôme qui ne sait plus comment fonctionner et communiquer. La routine du mardi les ancre un peu plus dans ce désert qui les empêche de renouer. La jeune Billie en perte de repères, avec une figure maternelle qui a disparu, se cherche, expérimente, va au-delà de ses limites et s’engouffre dans le déni de sa propre colère et de sa peur. Billie a peur d’avoir perdu sa mère et se confronte à cet inconnu qui lui est pourtant si familier. Ces deux êtres se sentent étrangers alors qu’ils ont juste oublié qu’au fond d’eux une attache absolue et une proximité évidente et indescriptible les unissent à jamais. Le lien indéfectible mère-fille est caché quelque part, il ne tient qu’à ces deux âmes de le faire remonter à la surface.

Les relations entre Billie et James vont se tendre, se détériorer jusqu’à devenir impossibles. Billie tâtonne pour retrouver un équilibre et son identité, elle ne sait plus qui elle est. Elle entretient une relation complexe avec Josh et Jasmin, deux étudiants plus âgés qu’elle. Ils se retrouvent tous les trois dans un squat, le mardi soir, après le rendez-vous de Billie avec James, pour filmer leurs relations sexuelles et recueillir leurs pensées les plus personnelles. Pendant ce temps James connait ses propres démons, il enchaîne les problèmes et les déceptions. Sa transition en homme à part entière se révèle beaucoup plus compliquée et éprouvante que prévue. La prise de la testostérone le met véritablement en danger. Il doit arrêter le traitement ce qui envenime d’autant plus la situation avec Billie car cela retarde son retour chez sa mère.

Le film traite de deux transformations : celle de Billie en jeune femme et celle de Jane/James en homme. Toutefois ce que l’on retient de l’histoire est la transformation de la relation du couple mère-fille. Même si elles sont deux personnes différentes et en évolution constante, tout le long du récit, tous les éléments les poussent à se réunir. Billie grandit, fais ses premiers pas dans le monde des adultes et James rétablit son injustice. Les deux personnages font des efforts pour ne pas tuer complètement ce qu’ils ont construit et pour conserver l’illusion que tout va très bien entre eux. Ils s’efforcent à faire semblant, ils ingèrent tout sans rien dire. Ils ont cependant de l’amertume l’un envers l’autre et des reproches à se faire pour mieux avancer et mettre derrière eux les moments de difficultés.

Le film traite aussi du quotidien. Billie et James passent tous les mardis ensemble, de 16h à 22h. La transition des deux femmes qui fait pourtant événement dans leurs vies, ne bouleverse en aucun cas leurs habitudes et leur ordinaire. La réalisatrice a fait le choix concentrer son propos sur une relation du quotidien, les repas, les discussions, les disputes, ce que toutes les familles du monde vivent. Ainsi la réassignation sexuelle de James devient trame de fond et permet d’aborder ce sujet tabou au cinéma de manière légère, originale, touchante et réaliste. La grâce et l’authenticité des deux actrices qui incarnent ce duo charmant, rappelle que toutes les relations mère-fille connaissent leurs lots de complications et d’émotions contradictoires. Aucune ne se ressemble, il n’y a pas une seule bonne manière d’être, de faire et de s’aimer.

Ici, nous sommes en présence de deux chemins singuliers de femmes. Celui de Billie étant peut être plus classique, car plus traité dans les représentations cinématographiques, il n’en reste pas moins important. Cette adolescente se lance à la poursuite de son moi futur, de la femme qu’elle souhaite devenir, dans la société de nos jours. Le chemin de Jane est plus biscornu car elle est un homme né dans un corps de femme. Pour retrouver cet accord entre son corps et son véritable genre, Jane pouvant enfin être James, va devoir passer par de nombreuses épreuves. La route vers son idéal, ira de déconvenues en déconvenues. L’échec fait partie de la vie, mais celui-ci est dur à digérer. James fait preuve de courage et de détermination, ce qui lui permettra de se réconcilier avec sa fille. La mise en scène implante un cadre malléable où Billie et James vont libérer leurs corps, où leur amour sortira vainqueur et où la douceur des lumières va les emporter dans le tourbillon de la vie.

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