18/04/2018

A la découverte de chemins au féminin - I'm not a witch et Wadja

Dans ma rubrique A la découverte de chemins au féminin, je vais vous présenter aujourd’hui les films I am not a witch de Rungano Nyoni (2017) et Wadjda de Haifaa al-Mansour (2012).

Episode 2 – Enfance bafouée, enfance opprimée

Dans ma rubrique A la découverte de chemins au féminin, je vais vous présenter aujourd’hui les films I am not a witch de Rungano Nyoni (2017) et Wadjda de Haifaa al-Mansour (2012).                                  

Le premier raconte l’histoire de Shula, petite fille de 9 ans, en Zambie, qui suite à un incident survenu en sa présence, est accusée de sorcellerie par les villageois. La fillette est alors envoyée dans un camp de sorcières (uniquement des femmes) où elle doit faire un choix. Soit elle devient chèvre, et donc meurt fatalement, soit elle investit pleinement sa « nature » de sorcière. L’enfant, ayant suivi son destin, reçoit donc son long ruban blanc, la rattachant à un pillier, symbole de sa servitude à l’Etat, qui la prive d’éducation et de sa liberté. Elle se retrouve au milieu de femmes beaucoup plus âgées, dont la vie dépend de ce fameux ruban. Bienveillantes et attendries à son égard, elles feront tout pour la protéger. Shula, elle, vit un drame intérieur, elle a opté en toute conscience des choses d’être prisonnière.

Le deuxième relate la vie de Wadjda, 12 ans, dans une banlieue de Riyad, en Arabie Saoudite. Malgré les pressions incombées par la société, son établissement scolaire et la religion, la fillette dénote, elle savoure son existence et est bien décidée à obtenir ce qu’elle désire : un vélo. Or il est interdit pour les filles de faire du vélo en Arabie Saoudite, l’activité étant réservée uniquement aux hommes. Wadjda, ne voulant renoncer à son rêve, va réunir tous ses moyens et toutes ses capacités pour récolter l’argent nécessaire à l’achat de la bicyclette.

Dans les deux films, alors très différents, il s’agit de mettre en exergue deux chemins, deux parcours de fillettes singulières. Ce qui les rapproche : cette envie, ce souffle  d’émancipation, de liberté, ce besoin d’exister malgré les prescriptions et les interdits. Shula, par sa position en tant que sorcière au sein de la société, qui lui confère un certain statut, doit suporter une situation trop dure pour ses petites épaules. Elle doit prendre des décisions qui ne sont pas de son âge (condamner coupable quelqu’un par simple désignation) et elle est coupée de toute éducation et de tous liens sociaux avec les enfants. Wadjda, elle, doit se conformer à ce que la société attend d’elle. Elle doit évoluer dans le sens que tout le monde prévoit, dans le respect des lois et de la religion, pour devenir une femme comme les autres.

Shula, enfant sauvage, en pertes de repères, dans sa rencontre avec la femme du président va trouver un modèle féminin. Un espoir au goût amer. Cette femme est une ancienne sorcière, qui a gagné sa sortie du camp par la mariage qui se révèle comme une autre prison à l’aspect différent. L’enfant est toujours en marge, ses tenues vestimentaires traditionnelles sont presque de l’ordre du déguisement, elle ne peut rentrer dans une maison à moins que de la téquila ait été renversée sur le palier, etc. La petite fille se croit maudite, constamment sur ses gardes, elle est fatiguée de se voir attribuer des tâches qui ne font que renforcer son acceptation tacite de la situation. Elle subit en permanence. Très peu bavarde, ses yeux nous traduisent en gros plan son calvaire quotidien. Seul instant d’accalmie : lorsqu’elle a enfin le droit de se joindre à un groupe d’enfants infirmes pour recevoir une éducation scolaire. Son sourire et ses rires envahisent le cadre. Ce droit qu’elle a durement obtenu, lui est rapidement enlevé sous-prétexte qu’elle doit se contenter de ce à quoi elle est missionnée.

Dès lors, aucune porte de sortie n’est envisageable pour l’enfant saisie par le désespoir. Tout ne se révèle qu’illusion pour mieux la maintenir dans ce que les hommes veulent d’elle. Quand elle tente de s’enfuir, dans sa course effrénée, on y croit pour elle, on voudrait qu’elle ait de véritables ailes qui lui permettent d’échapper à la tragédie. Mais la réalité nous rattrape. Le chemin est long, Shula est héroïque.

Wadjda, enfant à part, qui refuse de faire des concessions, va pourtant devoir s’adapter pour obtenir ce qu’elle désire. Elle voit l’opportunité d’y accéder lorsque se profile le concours de l’école coranique. Le prix étant une somme d’argent suffisante pour couvrir l’achat de son vélo. Avec sa détermination et sa force de persévérance, Wadjda va s’accomplir. A traver l’histoire de sa mère, femme travailleuse qui entretient des relations compliquées avec son mari, on comprend la quête d’indépendance de la jeune fille dans sa revendication à la différence. Notre héroïne refuse l’évidence, elle emprunte une autre voie/voix.

Dans ces univers, plutôt mysogines, d’astreintes et d’obligations, où le corps doit plier pour rentrer dans les cases, ces deux jeunes filles sont des exemples de fraicheur, de nouveauté, de modernité. Signes que la condition féminine progresse pas à pas, et a encore du chemin à parcourir. Il est à noter que ces deux œuvres sont réalisées par des femmes au talent et à l’expression poétique et singulière, apportant une vision lucide sur leurs propres cultures. Ces deux petites filles incarnent le courage d’aller contre les règles, d’enfin prendre des décisions dictées seulement par elles-mêmes, pour embraser leur avenir en tant que femmes.

Par Marie Busquet