18/04/2018

A la découverte de chemins au féminin - Hope

Dans ma rubrique A la découverte de chemins au féminin, je vais vous présenter aujourd’hui le film Hope de Boris Ljokine, drame français sorti en 2015.

Episode 1 – « Femme, c’est toujours plus facile pour toi ! Tu es une femme »

Dans ma rubrique A la découverte de chemins au féminin, je vais vous présenter aujourd’hui le film Hope de Boris Ljokine, drame français sorti en 2015.

 

Hope, jeune femme nigériane, fuit son pays pour se rendre en Europe. Elle se retrouve seule sur cette route de l’immigration, dans cette traversée du désert du Sahara, rude et sévère. Elle y rencontre Léonard, un jeune camerounais, avec qui elle partage cette même aspiration du monde meilleur. Les deux jeunes gens vont se lier, s’épauler, partager, s’aimer durant ce périple de ghetto en ghetto, d’obstacle en obstacle, vers le nord du Maroc. Ensemble ils feront face à la violence de ce monde hostile qui ne les épargnera pas et qui leur laissera une trace indélébile.

Hope est un film poignant et touchant, un petit cadeau tel que l’on n’en voit que très rarement. Dès l’introduction, on a le droit à une piqure de rappel choc et percutante. Hope, seule femme à bord d’un 4x4 remplis de migrants entassés, se fait remarquer, malgré elle, par les gardes de nuits. On l’extrait du véhicule. La suite on la connait. C’est une femme, vous voyez ?! L’agression animale est automatisée, normalisée. Complètement désensibilisée.

Le contrecoup s’enchaine presque immédiatement. Sur la route de l’immigration mieux vaut être une femme ! Ah bon ?! Mais pourquoi ? Car c’est bien simple, c’est toujours plus facile d’être une femme, la prostitution permet beaucoup vraisemblablement. Non seulement elle garantit des rentrées d’argent (quand l’acte est payé) mais faciliterait aussi le passage des frontières jusqu’à l’arrivée en Europe.

Hope devrait se rassurer, c’est gagné pour elle. Or les obstacles sont présents, les véhémences, les attaques, la brutalité, les coups, les viols, les sévices, les maux sont présents. Ce petit bout de femme tient toujours sur ses deux jambes. Elle ne cesse de tomber pourtant elle se relève à chaque fois, elle n’a pas le choix. Elle accumule tout dans un silence qui montre sa force de résistance, de persévérance, animée par un désir auquel elle se raccroche, sa seule perspective d’avenir, rejoindre la terre promise.

Le film nous offre, ainsi qu’à Hope, une bouffée d’oxygène dans ce monde oppressant : Léonard. Pourtant pas représentant du héros des temps modernes, il insuffle un vent d’humanité inespéré. C’est en cela qu’il gagne la confiance de la jeune nigériane et du public. Malgré les difficultés de l’itinéraire et leurs différences inhérentes à ce qu’ils sont, la solidarité finit par régner. De celle-ci, un amour fragile et bienveillant naîtra. Un instant suspendu où le temps s’est fait paisible et agréable. Nous sommes définitivement attachés aux personnages, ces sentiments prégnants au fond de nous, les cœurs se resserrent quand les épreuves vont se durcir.

La partie dans les ghettos, nous explique la vie sous-terraine organisée des migrants en des communautés nationales et ethniques. Ces clandestins se vouent une haine virulente entre eux ce qui engendre des affrontements particulièrement violents. Etablis dans des bâtiments en décrépitudes, des femmes, des enfants et des hommes attendent. La désolation et la misère a envahi toutes les pièces. Dirigés par des « Chairmens », des esclavagistes, qui imposent  une compensation financière à leurs visiteurs : les femmes sont condamnées à la prostitution et certains hommes sont incités au travail.

Hope ne sera pas dispensée de la règle. A la prostitution elle sera destinée, pour assurer sa place dans le ghetto. Cela devient le refrain d’une chanson dont on a tous appris les paroles sans se demander pourquoi. Le spectateur est pris à témoin, il est quasiment désigné coupable de savoir, mais de nier cette réalité de tous les jours pour les femmes de la route vers l’Europe. On voit d’autant plus la souffrance dans les yeux de Léonard qui sait que la femme qu’il aime se fait violer pour sauver son sort à lui. Il assiste et laisse la situation dégénérer, impuissant car terrorisé autant pour lui que pour Hope. Ce n’est pas pour autant qu’on l’excuse, il a conscience d’être un lâche. Dans un sens il ne peut qu’admirer cette force féminine.

En finalité, ce film, fort en émotions, nous permet de rencontrer une Femme, parmi tant d’autres, invisibles et dénigrées, qui savent rester dignes et belles. Une tragique réalité que Hope subit plus qu’elle ne la choisit. Elle nous émeut, nous impressionne, suscite le respect. Sa situation provoque chez nous colère, écœurement, tristesse. Toutefois le film titré Hope, tout comme son personnage principal, nous rappelle que l’espérance fait partie de l’humanité. Cet espoir maintient cette jeune femme éprouvée, ce corps abîmé, cette âme blessée, sur le chemin.

Par Marie Busquet