18/04/2018

Mais où sont les LGBT dans les œuvres audiovisuelles ?

Cette réflexion se basera davantage sur la représentation gay et lesbienne, mettant ainsi de côté la représentation bisexuelle et transsexuelle.

Cette réflexion se basera davantage sur la représentation gay et lesbienne, mettant ainsi de côté la représentation bisexuelle et transsexuelle.

Le cinéma, miroir de la vie, lieu d’identification, accès à une réflexion sur son propre monde et sa propre construction personnelle. Sauf quand il s’agit d’homosexualité, quand on est né autour des années 2000, dans la mesure où le streaming n’était pas aussi démocratisé que maintenant et qu’il était dès lors plus compliqué d’avoir connaissance et accès aux œuvres « LGBT+ friendly ». Notre société étant encore trop peu ouverte d’esprit, se rendre compte de son homosexualité est de ce fait une épreuve difficile dans la vie de quelqu’un car il se découvre différent de ce qui est souvent vu comme une évidence (à savoir, être hétérosexuel) et  ce n’est pas facile à gérer en plus de l’adolescence elle-même. C’est durant ces phases de transition qu’un rôle modèle est essentiel pour retrouver dans les autres ce que nous sommes nous-mêmes, afin de réellement se comprendre.

Or de façon objective, force est de constater que le cinéma peine à inclure des personnages homosexuels dans ses œuvres « grand public », sans que le personnage ne fasse l’office de cliché. Le gay est souvent dépeint comme un homme efféminé, « fofolle » comme on peut le voir dans La Cage aux folles (1978) ou Poltergay (2006). Tandis que la lesbienne, elle, est davantage montrée sous des traits masculins, cheveux courts, très peu « girly » et rarement fidèle comme dans Gazon maudit (1995) ou encore L’Auberge espagnole (2002). Comme si le schéma hétérosexuel était la référence de base et que par conséquent les seuls liens logiques pour une relation amoureuse entre deux personnages consistaient à maintenir l’aspect « masculin » associé à l’aspect « féminin ». De plus, la représentation du personnage homosexuel passe souvent par la mention de son orientation, alors que sa précision est inutile et le simple fait de voir deux personnages du même sexe avoir une relation « intime » peut faire comprendre au spectateur ses penchants. On constatera enfin la récurrence des femmes déclarées comme étant « lesbiennes » mais qui couchent au moins une fois avec un homme au sein du film/de la série (à l’exemple de, spoiler, Andréa Martel dans Dix pour cent), souvent « par erreur », le tout probablement dicté par une société patriarcale qui pense qu’une femme ne peut pas se passer d’un homme.

Heureusement de nos jours de plus en plus d’œuvres mettent en scène des personnages homosexuels. On pourrait tatillonner en mentionnant le fait que la plupart du temps ces films ont un scénario central sur l’homosexualité, qui devient la « problématique » de celui-ci mais ne faisons pas la fine bouche et réjouissons nous de voir de la diversité sur nos écrans, diversité qui peut servir de modèle d’identification à la jeunesse actuelle. J’ai choisi de mettre en avant trois films qui selon moi montrent de belles relations homosexuelles et qui, par ailleurs, sont d’une certaine qualité cinématographique :

Carol  (2015) – Todd Haynes : met en scène la relation entre deux femmes que tout oppose, dans le New York des années 50. Bien que ce film soit ancré dans une autre temporalité, la relation homosexuelle y est montrée sans cliché, de façon sensuelle et belle. La grâce de Cate Blanchett et la candeur de Rooney Mara insufflent à cette œuvre une poésie envoutante, bercée par la musique de Carter Burwell et magnifiée par la photographie d’Edward Lachman. Même sans être friand de romance, le charme opère et le film marque positivement.

- Summertime  (2017) – Gabriele Muccino, raconte l'histoire de deux adolescents italiens, Marco et Maria, qui partent passer leurs vacances à San Francisco. Là-bas, ils sont accueillis par Matt et Paul, un couple de jeunes homosexuels avec lesquels ils vont se lier d'amitié. Le film est LGBT+ friendly et plein d’ondes positives. C’est une œuvre qui fait du bien à voir et donne envie de partir à l’aventure et de profiter de la vie. Recommandée dans les moments de blues.

- Mademoiselle (2016) – Park Chan-Wook : en Corée du Sud, sous la domination nippone des années 30, le film nous dépeint le triangle relationnel entre une servante, une riche japonaise et un escroc. Plus que de comporter une relation « homosexuelle », l’œuvre met en scène des relations humaines sous toutes leurs ambigüités. Esthétiquement il s’agit d’un chef d’œuvre d’une grande beauté, qui sait magnifier ses actrices tout en ayant un scénario plein de surprises. 2h30 de pur plaisir.

Au delà de représenter des personnages homosexuels pour mettre avant la beauté de l’amour, il est également important de parler des films qui traitent des sujets plus graves concernant ce thème. En effet, la découverte de l’homosexualité n’est pas une période facile. Les trois films suivants ont le mérite d’aborder la difficulté qui en émane et méritent d’être vus par un plus grand nombre, notamment pour ouvrir les esprits :

Marvin ou la Belle éducation (2017) – Anne Fontaine : ce film aborde le traumatisme des mots, le rapport à la famille, l’homosexualité. Beaucoup de jeunes sont victimes du rejet de leur famille à cause de l’homosexualité, mais ce film montre qu’il est possible de s’en sortir, c’est en quelque sorte un message d’espoir. Il est très touchant car il est facile de s’identifier aux situations grâce à la justesse de l’interprétation des acteurs, Jules Porier et Finnegan Oldfield en tête.

Quand on a 17 ans (2017) – André Téchiné : dépeint le rapport conflictuel et amoureux entre deux adolescents qui luttent contre leur propre nature en quête de leur affirmation personnelle. Il est co-scénarisé par Céline Sciamma, ce qui apporte un caché supplémentaire.  Ce film est intéressant dans la mesure où il se concentre sur les ressentis et les comportements des personnages.

- 1 :54 (2017) – Yan England : sur fond de compétition sportive, ce film met en avant le harcèlement scolaire et notamment le harcèlement homophobe. Il est vraiment bouleversant par son réalisme qui met en avant le fait que les « blagues » des uns mènent à la perte des autres. Ce film mériterait d’être davantage diffusé et notamment dans les milieux scolaires pour ouvrir les yeux à la fois aux personnels de l’enseignement mais également à l’ensemble des élèves, dans l’optique de limiter le harcèlement.

Dans l’espoir que la représentation de la communauté LGBT continue à s’améliorer et tende à se normaliser au sein des œuvres,  processus en bonne voie mais dont la lutte ne doit pas s’oublier.

Marie-Ange CHERY

Par Marie-Ange Chery