18/04/2018

Cinéma et société: le cinema d’hier et d’aujourd’hui est-il le même? Mort à Venise de Luchino Visconti

L’évolution de notre société a changé le cinéma. Membre cinéphile de la génération Y, je me questionne sur notre rapport au 7ème art. Les cinéphiles d’aujourd’hui sont t-ils les mêmes que ceux d’hier? Pour tenter d’éclaircir ces questionnements je me suis penchée sur le célèbre « Mort à Venise » de Luchino Visconti inspiré d’une nouvelle de Thomas Mann. Il me semble être l’exemple parfait de cette évolution du cinéma et de nos nouvelles attentes envers les images.

L’évolution de notre société a changé le cinéma. Membre cinéphile de la génération Y, je me questionne sur notre rapport au 7ème art. Les cinéphiles d’aujourd’hui sont t-ils les mêmes que ceux d’hier? Pour tenter d’éclaircir ces questionnements je me suis penchée sur le célèbre Mort à Venise de Luchino Visconti inspiré d’une nouvelle de Thomas Mann. Il me semble être l’exemple parfait de cette évolution du cinéma et de nos nouvelles attentes envers les images.

Drame incontournable des années 70, Mort à Venise retrace le voyage de Gustav Von Aschenbach dans le Venise des années 1900. Compositeur de musique sortant tout juste d’une dépression nerveuse, il s’installe pour un temps dans un luxueux hôtel de bord de mer au faste rococo. Il y rencontre une aristocrate polonaise accompagnée de ses enfants et domestiques. C’est un de ses enfants justement qui éveillera l’attention et l’amour de Gustav. Merveille de subtilité et d’harmonie, le film retranscrit cette fascination silencieuse de Gustav pour le jeune garçon dans un lieu hors du temps. Sur un tempo lent le spectateur se questionne sur l’amour, la vieillesse, la beauté et la mort.

Mort à Venise c’est 135 minutes langoureuses et d’une esthétique parfaite. Silence et musique classique bercent gracieusement et calmement le film. Peu de dialogues, peu d’actions. On admire, aux cotés de Gustav cet enfant androgyne aux traits parfaits. Le film est bien accueilli à sa sortie par le public et la critique qui le décrit comme limpide, artistique, admirable. Le film est perçu comme un chef d’oeuvre à l’esthétique parfaite et son rythme lent ne semble pas déranger.

Quel serait la réception d’un tel film s’il sortait en 2018 ? Comment le public accueillerait-il ces travellings longs de 15 minutes? De nos jours les images défilent à vitesse grand V, au cinéma comme dans la vie de tous les jours, on zappe les actualités, le flux facebook, instagram, twitter, les rencontres, les envies, les idées. Pour suivre ce rythme effréné, le cinéma grand public s’est adapté. La patience n’est plus une qualité de la génération 2.0.

Mort a Venise peut-il trouver sa place dans la grande « course » du 21eme siècle ? Les nouvelles générations arriveront-elles a contempler le calme de la vie de Gustav sans loucher sur un smartphone ? La lenteur des images appartient-elle au passé ? Je ne veux pas porter de jugement trop rude sur les nouvelles générations et leur fonctionnement. Les citoyens s’adaptent à leur environnement, à la nouvelle technologie. Cependant, en ont-ils conscience ? Ont-ils pris le temps d’y penser ? Les années passent et je crains qu’on oublie qu’il existe une autre façon de recevoir, de voir, de créer des images. Sans connexion wifi, bluetooth ou 4G. Mort a Venise témoigne de cette vision du cinéma. Pas besoin de 20 plans à la minute, Visconti nous offre un sublime tableau italien, digne d’une toile de Degas, et nous propose de nous « déconnecter » quelques temps pour le contempler.

Par Coline Bertin